Une Université d’entreprise ? Bien plus que de la formation !

Etape 1 : faites de votre Université un centre d’excellence

 « S’entendre avec les autres est d’une importance si vitale que je ne comprend pas pourquoi l’université ne consacre pas de vrais cours à ce domaine. » Groucho Marx

L’école vous manque ? Les campus à l’approche de l’été vous rappellent d’heureux souvenirs ? Réjouissez-vous, l’entreprise ressuscite vos plus belles années !

Incongrue cette idée d’Université d’entreprise ? Les deux univers ne se côtoient pas fréquemment : leur rapport au temps, à la performance semble en parfaite contradiction. Les entreprises sont bien souvent les premiers pourfendeurs de l’Université pour leur manque d’adaptation, de prise directe sur le monde supposé « réel » et la vie des entreprises. Pourtant, le label, sinon le concept, fait encore rêver au point de s’ériger en modèle vertueux pour les entreprises globales.

Depuis une trentaine d’années en effet les Universités d’entreprises ont fleuri, d’abord aux Etats Unis, et en France depuis les années 90. Mais de quoi s’agit-il au juste : un packaging bien ficelé de nos traditionnelles directions de la formation ? Un argument marketing rendant attractives et rassurantes les entreprises pour les jeunes diplômés ? Ou d’autres concepts se cachent-ils derrière ces OFNI (objet de formation non identifié) ?

 

Des pratiques anciennes mais un modèle très actuel : l’Université, les écoles et les métiers

De la Bibliothèque Universitaire à l’e-learning : l’Université comme synergie des moyens de formation

Le principe de l’Université est avant tout d’offrir des moyens de formation aux étudiants : savoirs, professeurs, mais aussi amphithéâtres, bibliothèques, campus, restaurants, et parfois logements, moyens de communication (internet, radio universitaire, télévision locale). Tous ces outils ont pour but de faciliter la vie de l’apprenant et du professeur afin de fluidifier le transfert de connaissances.

Il en va de même pour les Universités d’entreprises et la logique économique renforce même ce précepte. L’Université est un levier de synergie. Plaçant toute l’offre de formation sous un toit unique, elle permet de générer des économies importantes. Pour autant, créer une Université d’entreprise ne revient pas forcément à bâtir des amphithéâtres…

L’université conduite par l’entreprise va chercher à optimiser les moyens de formation et cette recherche s’apparente davantage à une mutualisation qu’à une centralisation au forceps. Les outils permettant d’animer une Université globale sont nombreux :

  • levier logistique : l’université peut se structurer autour de centres de formation physiques, rendus pertinents par la masse critique de formation à délivrer. Pour l’entreprise globale, l’émergence de ces « campus » régionaux (Asie, US, etc.) va permettre d’accompagner l’entreprise sur les territoires en croissance ;
  • levier IT : l’université doit mettre à disposition des entités (pays, BU) des outils de diffusion des formations qui faciliteront le parcours d’apprentissage. Si l’intérêt des cours e-learning n’est plus à démontrer, leur rentabilité n’est assurée que par le volume délivré. L’université doit donc se construire un catalogue de cours en e-learning et s’appuyer sur la révolution digitale pour devenir autant une Université physique que virtuelle (classes virtuelles, LMS, etc.).

 

Du principe des facultés aux écoles des métiers : une offre de formation co-construite

Au-delà d’offrir un toit commun pour les étudiants et professeurs, l’Université est avant tout un cadre d’ingénierie de formation. C’est un moyen pour rassembler la connaissance et la transmettre.

Dès l’origine, les Universités se sont construites par intégration d’écoles diverses : c’est de la réunion des écoles de logique de la Montagne Sainte Geneviève avec l’école de théologie, qui était dans le cloître Notre-Dame, que s’est formée l’université de Paris… au XIIème siècle, déjà ! Comme les facultés rassemblent des professeurs et leurs savoirs théoriques, l’Université d’entreprise doit être le lieu de rassemblement des experts opérationnels et de leurs savoir-faire.

Cela impose de mener avec les métiers une réflexion sur les savoir-faire inhérents aux métiers, sur les difficultés à les transmettre et à les maîtriser et sur leurs évolutions probables. L’université invite donc à sortir du monde binaire et cloisonné, entre des prescripteurs business et des gestionnaires RH. C’est le dialogue entre les deux qui doit permettre de générer un cadre d’apprentissage efficace.

Les Universités d’entreprises doivent donc se structurer autour des métiers : école de l’Industrie, Ecole de la Vente, Ecole des RH, Ecole IT. Cette structuration est aussi un cadre d’émulation et peut (doit ?) faire émerger des écoles transverses pour certains savoir-faire. Comment ne pas structurer une offre de formation sans créer parmi les écoles une école du management ?

Ce modèle d’écoles de formation, animées par l’Université mais pilotées par les métiers, alimentées par eux, doit permettre de créer des parcours de formation cohérents et d’instaurer des standards de qualité élevés dans le développement des compétences.

 

Des choix stratégiques à faire : « pour vivre heureux vivons cachés » ?

UNI / UNEF : viser l’élite ou chercher le rassemblement ?

La vocation de l’Université est-elle d’accueillir tous les  salariés ou doit-elle se concentrer sur certains salariés clés (hauts potentiels, cadres, cadres-supérieurs) ?

L’orientation retenue devra l’être au regard de la culture et des enjeux de l’entreprise. Dans un contexte de guerre des talents, l’outil de la formation sera un atout décisif de rétention et de développement. L’Université se focalisera naturellement sur ses cadres et ses potentiels, et aura tendance à avoir un focus sur les questions de management et de leadership.

Mais dans d’autres contextes, la vocation de l’Université pourra être plus universelle. Des métiers techniques, exigeant des certifications, imposent d’avoir une formation adressée à tous : l’Université pourra prendre un focus technique, tourné vers les opérationnels quelque soit leur niveau. Une évolution stratégique, une fusion peuvent bouleverser la culture d’un groupe : ce dernier pourra alors s’appuyer sur un outil unique, l’Université comme catalyseur de valeur et de sens. Souvent, enfin, le format resserré n’est qu’une étape dans la généralisation de l’Université.

 

Erasmus : une université ouverte sur l’extérieur ou centrée sur elle ?

Les Universités n’ont jamais été des ilots de connaissance isolés, barricadés du monde extérieur. Ce qui était vrai hier l’est encore plus aujourd’hui : Erasmus permet d’échanger non seulement près de 200 000 étudiants à travers l’Europe, mais également près de 30 000 professeurs. Parallèlement, les grandes écoles ne cessent de nouer des partenariats académiques en recherchant une couverture géographique mondiale et une couverture académique plus transverse, au travers de parcours croisés (ingénieur & management, public & privé, culture occidentale & orientale & asiatique, etc.) .

L’entreprise se situe au cœur des ces enjeux de globalisation et transversalité : l’Université peut jouer ce rôle de passerelle vers l’extérieur. De nombreuses Universités d’entreprise nouent donc des partenariats avec des grandes écoles ou universités. Les avantages sont nombreux :

  • une attractivité renforcée de l’Université d’entreprise, légitimée par la notoriété de la grande école ou Université associée ;
  • une offre étoffée, notamment pour les domaines transversaux de l’entreprise.

Qui, en effet, peut se targuer d’être expert en management ou en leadership au sein d’une entreprise ? Sur ces sujets, un partenaire s’avère un relais académique pertinent. De même, pour des sujets d’expertise, il peut être pertinent de s’appuyer sur une école de référence pour assurer le meilleur niveau de formation possible.

Cette ouverture impose en revanche d’avoir une réflexion en amont sur les savoir-faire internes : au-delà de la cartographie des compétences, l’Université d’entreprise invite à réfléchir au modèle de transmission de celles-ci, et en définitive à la culture et à l’image que l’entreprise souhaite véhiculer.

 

Pour en finir avec le packaging !

L’Université d’entreprise n’est pas qu’un effet de manche, maquillant la direction de la formation sous un label aguicheur.

L’ambition de la formation, dans un environnement professionnel multipolaire et complexe, n’est-elle pas en effet d’arriver à suivre le mouvement, voire de l’anticiper ? L’Université est un formidable outil pour s’adapter à ces évolutions du monde de l’entreprise : connectée en réseau, internationale, transversale.

La question de la vocation de l’Université invite à réfléchir à ses orientations futures. Bien des innovations peuvent la porter bien plus loin ! Dépassant le simple horizon de la compétence, elle se doit d’explorer ceux de la culture, des valeurs, de l’innovation, de l’intelligence collective, des réseaux internes.

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